Interview de Marc Menasé, Fondateur de Founders Future

22 octobre 2020 - Heroiks

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Marc Menasé retrace 15 années d’évolutions #media, #business, #tech et sociétales.

Pourriez-vous nous décrire votre activité il y a 15 ans ?

Marc MENASE (Founders Future) : Il y a 15 ans j’ai créé, cofondé, une société qui s’appelait Nextedia, qui était un opérateur dans le marketing digital et accompagnait des grands annonceurs dans toutes leurs transformations marketing et digitale. Accessoirement, j’étais devenu business angel en investissant mon premier ticket dans une start-up.

Quel a été selon vous le fait le plus marquant pour votre entreprise au cours de ces 15 dernières années ?

Marc MENASE (Founders Future) : Le fait le plus marquant des 15 dernières années, c’est d’avoir eu l’opportunité et la chance finalement de rentrer dans une industrie qui était en pleine mutation. Internet et la Tech ont complètement changé les usages et donc ont créé des opportunités entrepreneuriales qui ont été probablement sans précédent. Déjà, c’est une chance absolument exceptionnelle de comprendre les rouages de cette industrie de pouvoir en être un acteur. Et au fond de prendre énormément de plaisir dans ce que je fais. Le fait marquant tout au long de ces quinze années, c’est probablement le plaisir.

Si vous ne deviez en garder qu’un, quel est serait l’événement le plus marquant de ces 15 dernières années que ce soit d’un point de vue technologique, médiatique ou économique ?

Marc MENASE (Founders Future) : Je crois que l’événement le plus marquant n’est pas forcément au sens positif. C’est on va dire la conjoncture et tout ce qui se passe au niveau géopolitique et notamment le Brexit. Là où on a été élevé dans une génération qui pensait Europe, on voit que les choses sont quand même en train de se fractionner et c’est plutôt assez dommageable pour notre futur et le futur de nos enfants. Je crois que c’est déjà extrêmement difficile de créer une entreprise européenne. Si en plus, les différents marchés sont adressés politiquement de manière différente et sans unité, notamment face à des états qui sont les premiers états du monde, à savoir, les U.S, la Chine et l’Inde, je pense que oui ça serait un problème.

De manière générale, quel est votre point de vue sur les évolutions media, technologiques, culturelles et business de ces 15 dernières années ?

Marc MENASE (Founders Future) : Depuis 15 ans, je trouve que la vraie évolution c’est finalement, que les gens ont accès à un nombre de médias incommensurable, ce qui n’était pas le cas il y a 15 ans, où on avait ses marques média préférées, on les achetait en kiosque. Alors qu’aujourd’hui, on fait plutôt du snacking média plutôt qu’un vrai “gueuleton” média, je dirais, donc, c’est une opportunité et en même temps une menace assez forte pour les marques média. Ça les pousse à se réinventer et je crois que finalement il n’y a que le consommateur qui compte, il faut l’écouter. Il faut partir du principe qu’il vit avec son temps, avec les outils
qui sont les outils d’aujourd’hui et donc adapter au mieux son offre à ces nouveaux usages.

Managez-vous en 2020 comme en 2005 ?

Marc MENASE (Founders Future) : Déjà en 2020 la façon dont on travaille avec ses collaborateurs est différente non pas de 2005, mais de 2019, puisque 2020 a été une année qui a énormément remis en question nos manières de fonctionner à vitesse et marche forcées. Je crois que dans nos industries, on était plutôt habitué à avoir un relationnel qui pouvait se passer partiellement en télétravail et partiellement en présentiel. Et là, les choses ont de manière forcée évolué. Moi je prône énormément l’intelligence collective. Je pense que l’intelligence collective, elle ne passe pas à travers tous les Microsoft Teams, les Zoom ou les Google Hangout. Et c’est extrêmement important de continuer à se retrouver entre nous avec des moments de convivialité, des moments où on voit le body langage d’une personne qu’on a en face de soi et on arrive à palper des émotions qui sont extrêmement importantes dans le quotidien des affaires et le quotidien tout court.

Communiquez-vous en 2020 comme en 2005 ?

Marc MENASE (Founders Future) : Notre communication forcément a énormément évolué puisqu’on peut être chacun acteur d’une part de sa communication. On n’a pas besoin de déployer des gros moyens pour être efficaces et je crois que c’est vraiment ce qui a drastiquement changé. Aujourd’hui, une entreprise a les moyens à travers les réseaux sociaux, que ça soit une entreprise B to C ou une entreprise B to B, d’éclore du jour au lendemain, d’incarner sa marque, d’avoir un storytelling qui soit vraiment authentique et transparent. Je crois qu’il y a une opportunité assez exceptionnelle pour tous les gens qui se réveillent un matin en se disant, je vais créer mon entreprise et je vais pouvoir communiquer sur ce que je fais. Je crois que l’opportunité, n’a jamais été aussi importante en termes de communication externe et en même temps la concurrence n’a jamais été aussi importante qu’aujourd’hui.

Tv, radio, print, digital… télécommande, souris, tactile, voix… l’heure est à la multiplication des canaux d’accès à l’information. Pensez-vous que les Français soient mieux informés en 2020 qu’ils ne l’étaient en 2005 ?

Marc MENASE (Founders Future) : Alors, les Français je ne sais pas s’ils sont mieux informés, mais ils sont plus informés et je crois que c’est ce qu’il faut retenir de ce qu’il s’est passé entre 2005 et 2020. Le nombre de marques média qui sont consommées a explosé. En parallèle, cette logique de picorer énormément d’informations, qui sont d’ailleurs et c’est un problème qu’il faut adresser, plus ou moins réalistes, plus ou moins tirées par les cheveux, plus ou moins farfelues, s’est imposée. Il y a un enjeu absolument important dans les années à venir sur la véracité de l’information, puisque l’essor des réseaux sociaux a fait que cette information qu’elle soit vraie ou qu’elle soit fausse, elle est accélérée et consommée de manière exponentielle.
Je crois que c’est encore une fois une chance absolument exceptionnelle d’avoir accès et de donner accès à l’information. Mais je crois que ce n’est pas une question seulement de donner plus accès à l’information, mais aujourd’hui, c’est une question de donner accès mieux à l’information.

La montée en puissance de la data est-elle selon vous un progrès sur la plan économique et sociétale ? Quels enjeux business pourriez-vous mettre en exergue quant à la maîtrise de la data à court et moyen termes ?

Marc MENASE (Founders Future) : La data c’est quelque chose d’absolument fondamental. C’est l’or noir du XXIe siècle. Je ne peux qu’abonder dans ce sens-là et je crois surtout que là où elle a un impact absolument exceptionnel elle est extrêmement importante dans l’intelligence qu’on produit à l’intérieur d’une entreprise. Et qui dit intelligence produite à l’intérieure de l’entreprise, dit efficacité de cette entreprise, mais surtout ce qui m’intéresse dans la data c’est que grâce à ces données, on peut finalement personnaliser et beaucoup plus adapter l’offre qu’on va amener devant un client. On a vécu des années où le client a été assailli de messages publicitaires, de messages de fidélité autour de la fidélité client etc. On se dit que grâce à la data, il va en avoir moins, mais mieux. Et c’est vrai que c’est une opportunité absolument incroyable pour des business qui veulent se lancer dans la personnalisation et dans l’adaptation du produit au client.

Si vous deviez vous retrouver seul sur une île déserte avec du réseau, citez-nous les 5 applications que vous souhaiteriez conserver.

Marc MENASE (Founders Future) : La première application que je vais garder c’est un petit jeu de backgammon. Voilà pour jouer.
La deuxième application que je vais garder c’est WhatsApp, parce qu’en fait j’ai envie de communiquer avec mes proches et que jusqu’à preuve du contraire c’est quand même un outil absolument exceptionnel. La troisième application que je vais garder c’est Apple Music et l’ensemble de l’accès on va dire à des podcasts, de la musique, du livre etc., puisque je vais enlever Amazon, puisque par définition je ne peux pas me faire livrer sur l’île déserte. La quatrième que je vais garder, c’est YouTube parce qu’il y reste quand même énormément de choses à apprendre à travers YouTube. C’est vraiment une base de connaissances qui est absolument exceptionnelle et je crois que je m’arrêterais là puisque la banque en ligne je la rends et tous les autres usages je les rends.

Anthony RAVAU & David RINGRAVE ont créé My Media en 2005, devenue HEROIKS en 2019 et actuellement le 1er groupe de communication indépendant français avec une marge brute de 50 millions d’euros et riche 400 collaborateurs. Que souhaitez-vous au groupe pour les 15 prochaines années ?

Marc MENASE (Founders Future) : Heroiks pour moi c’est d’abord une grande preuve de respect vis-à-vis de David et Anthony. On a commencé ensemble dans les mêmes époques, on s’est suivi en tant qu’entrepreneur et souvent je cite Heroiks comme une réussite entrepreneuriale absolument exceptionnelle. Pour une raison très simple, c’est qu’il faut se rappeler l’environnement concurrentiel d’Heroiks, premier groupe indépendant de communication au milieu de groupes internationaux, mondiaux. Et finalement tout ça traduit ni plus ni moins que les valeurs de l’entrepreneuriat que je défends depuis que je suis entrepreneur.
Ces valeurs sont tout d’abord, et ça ne s’invente pas, des convictions fortes, une culture d’entreprise forte, une transparence dans la façon de manager son entreprise, une relation client absolument exceptionnelle, où chaque euro qu’on dépense en media chez Heroiks, est dépensé au fond comme si c’était son argent et énormément de travail. Un drive opérationnel très fort et au fond quand on met tout ça bout à bout, il n’y a pas de secret. C’est-à-dire qu’en fait les choses arrivent. Et donc voilà, donc à chaque fois que je vois Heroiks, à chaque fois qu’on est en interaction avec cette entreprise, on est finalement très fier de travailler avec l’ensemble des collaborateurs et les dirigeants, parce que finalement ce sont des gens qui nous ressemblent et il devrait y en avoir plus. Je leur souhaite quand même de prendre beaucoup de plaisir dans leur travail au quotidien parce que c’est une industrie qui est absolument passionnante et c’est vrai qu’opérer pour des grands annonceurs et des grandes marques qui sont en pleine mutation, c’est quelque chose de motivant. Ensuite, je leur souhaite de continuer à grandir comme ils l’ont fait dans les 15 dernières années, grandir en termes de taille d’effectifs, grandir en chiffre d’affaires, grandir probablement géographiquement pour créer un géant de la communication qui est né en France et qui pourra rayonner bien au-delà, parce que finalement le parcours de ces 15 années, j’ai envie de dire a été le plus dur et que le meilleur est à venir, donc plein de bonnes choses à My Media.